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La linguistique pour les débutants
Affixes :
Un affixe est un morphème qui s’associe à une racine pour lui adjoindre une information, de type lexical ou grammatical.
On distingue généralement trois grands types d’affixes :
Les préfixes, qui se placent avant la racine (par exemple re-lire, en français)
Les suffixes, qui se placent après la racine (par exemple agréable-ment, en français)
Les infixes, qui s’insèrent à l’intérieur de la racine.
Il existe aussi des interfixes qui s’insèrent entre deux autres morphèmes et des circonfixes qui se placent autour d’une racine.
classificateurs numériques :
Dans beaucoup de langues, on ne peut pas énoncer directement ce qu’on compte, et il faut toujours associer au numéral un élément dit « classificateur numérique ». Par exemple, on a en chinois :
sān ge rén trois personnes
sān tóu yáng trois moutons
sān zhī gāngbǐ trois stylos
sān zhāng zhuozi trois tables
Le classificateur numérique ge apparaît avec les noms d’êtres humains ; tóu avec ceux de certains animaux domestiques ; zhī avec ceux d’objets allongés et cylindriques ; zhāng avec ceux d’objets plats…
En réalité, le développement de classificateurs numériques ne fait que systématiser un phénomène existant en français, quoique de façon embryonnaire. En français, certaines notions sont désignées de façon indénombrable, le critère morphologique étant l’article dit partitif du, de la. On dit par exemple du riz, du bétail, du papier, du sucre. Mais la réalité décrite se présente sous la forme d’entités individuelles, bien que le plus souvent petites.
Quand on veut les compter, il faut exprimer cette individuation, en décrivant la forme de l’entité : on a ainsi trois grains de riz, trois têtes de bétail, trois feuilles de papier, trois morceaux de sucre… C’est pourquoi les classificateurs numéraux apparaissent le plus souvent dans les langues sans nombre grammatical, c’est-à-dire où tous les noms sont traités comme non dénombrables. Comparons ainsi le mot papier et le mot stylo, en français et en chinois :
zhǐ du papier
sān zhāng zhǐ trois feuilles de papier
gāngbǐ un stylo, des stylos (comme si on disait « du stylo »)
sān zhī gāngbǐ trois stylos (comme si on disait « trois tiges de stylo », sur le modèle « trois feuilles de papier »
Tout comme en français, à la place des classificateurs proprement dits on peut avoir des noms de mesure (trois kilos de sucre, trois mètres de tissu, trois litres d’eau…) ou de contenant (trois tasses de café, trois verres d’eau, trois sacs de riz…).
Note : Attention, zhǐ « papier » est un mot différent de zhī « classificateur des choses allongées », vu plus haut : le ton n’est pas le même.
Enoncé :
Il existe de nombreuses propositions pour définir un énoncé, concept souvent utilisé en linguistique. A minima, la définition d’un énoncé serait « un énoncé est ce qui est produit par un humain qui s’adresse à un autre être humain », ou encore « un ensemble de sons articulés auquel on peut associer un sens ». En linguistique le concept d’énoncé se définit surtout par rapport au concept de phrase : Une phrase est un énoncé, mais un énoncé peut comporter plusieurs phrases. De plus un énoncé peut ne pas être une phrase. L’interjection « Aïe ! » n’est pas une phrase grammaticale, mais elle a un sens clair, c’est donc bien un énoncé. « Aïe ! J’ai mal ! » est un énoncé composé d’une interjection et d’une phrase…
Evidentiels :
Un évidentiel est la marque de « l’opinion » du locuteur dans un énoncé. Ils servent souvent à marquer le degré de preuve/probabilité de l’action.
Prenons un exemple en pomo oriental langue de la famille pomo d’Amérique du Nord:
Le radical pʰa·békʰ signifie « brûlé » au sens accompli. A ce radical, on peut rajouter les suffixes suivants :
pʰa·békʰ-ink’e « brûlé » ; le locuteur en ressent la sensation. Le suffixe final marque une sensation
pʰa·bék-ine « [ça] a dû brûler » ; le locuteur le déduit d’un indice. Le suffixe marque une conclusion, une inférence.
pʰa·békʰ-·le « on dit que ça a brûlé » ; le locuteur rapporte une parole extérieure. Le suffixe marque une parole rapportée.
pʰa·bék-a « je sais que ça a brûlé » ; le locuteur a une preuve directe. Le suffixe marque une évidence incontestable.
Flexion :
On parle de flexion quand un mot se modifie pour des motifs grammaticaux (sans changer de catégorie, contrairement à ce qui se passe pour une dérivation).
La flexion type se fait en ajoutant des affixes grammaticaux à une racine lexicale ou verbale.
Ainsi en français si on compare parlez et parlons on peut facilement identifier la racine verbale parl- et les suffixes –ez et –ons qui marquent respectivement la deuxième et la troisième personne pluriel.
Parfois la flexion d’un mot dans une langue ne se fait pas par ajout d’un suffixe ou d’un préfixe, mais par une modification phonétique de la racine comme, par exemple l’anglais foot (pied, singulier)/ feet (pieds, pluriel). Pour cet exemple on parlera de flexion interne.
Langue agglutinante :
C’est une langue dont les mots se forment à partir d’une racine lexicale (substantif, verbe, adjectif etc.), qui porte le sens principal, et à laquelle on peut ajouter un certain nombre d’affixes (préfixes, suffixes et/ou infixes) qui correspondent en français à des prépositions, pronoms etc. et qui donnent des indications d’ordre grammatical. Ces affixes sont généralement invariables et ne donnent souvent qu’une seule information. Une langue agglutinante est supposée présenter une certaine régularité dans cette affixation.
Pour plus de clarté prenons un exemple en nahuatl, langue uto-aztèque du Mexique:
nimitste:tlapiyalti:lis : je te ferai garder des choses pour des gens, je te demanderai de servir de gardien dans l’intérêt d’autres personnes
On pourrait le décomposer de la manière suivante :
Ni : je (sujet, 1ère personne du singulier)
mits : te (objet, 2ème personne du singulier)
te : : des gens (objet indéfini humain)
tla : des choses (objet indéfini non-humain)
piya : garder (racine verbale)
lti : : faire faire quelque chose à quelqu’un (causatif ou factitif)
li : faire quelque chose pour quelqu’un (applicatif)
s : marque du futur
Note : les concepts de langues agglutinantes et polysynthétiques sont des concepts controversés et dont les définitions sont parfois considérées comme non-opératoires.
Langue isolante :
Une langue est considérée comme isolante quand elle n’a pas de flexion, c’est-à-dire quand les mots ne peuvent être composés que d’un seul morphème (et que donc les notions de morphèmes et de mots se confondent). Un même morphème n’a, théoriquement, qu’un seul sens ou qu’une seule fonction grammaticale et il est, théoriquement aussi, indépendant syntaxiquement.
Considérons, pour illustrer, la phrase en chinois :
nǐ chī fàn le ma qu’on pourrait traduire mot à mot en français ainsi :
nǐ: deuxième personne singulier « toi »,
chī: « manger »
fàn : littéralement « riz cuit », qui est un prototype pour « nourriture »
le : particule finale d’actualisation.
ma :particule marquant l’interrogation
On pourrait la traduire par « « est-ce que tu as mangé (quelque chose) ? » ou « est-ce que tu as déjà mangé ? ».
On aura aussi en chinois :
wǒ chī fàn le : « j’ai mangé » ou wǒ est la première personne du singulier
tā chī fàn le : « il/elle a mangé » avec tā pour troisième personne, etc…
Le chinois est généralement l’exemple cité quand on parle de langues isolantes, mais beaucoup d’autres langues peuvent être considérées comme isolantes ; c’est le cas de la plupart des langues du sud-est asiatique ou encore de la plupart des créoles.
Note : Une langue est rarement « purement » isolante, car elle présente presque toujours des embryons de morphologie. C’est d’ailleurs, en réalité, le cas du chinois.
Langue flexionnelle :
Une langue flexionnelle est une langue dont les mots changent de formes pour des motifs grammaticaux. Typologiquement une langue flexionnelle s’oppose à une langue isolante ou à une langue agglutinante en ceci qu’elle présente une morphologie flexionnelle : de type radical+affixe (ce qui n’est pas le cas des langues isolantes) et montrent un certain degré d’irrégularité dans cette flexion (contrairement à une langue agglutinante).
Dans le cas du français : cheval (sing)/ chevaux (pluriel) il est impossible de retrouver le suffixe –s qui marque généralement le pluriel.
Un des traits communs des langues considérées flexionnelles est le phénomène de « flexion interne » où la flexion ne se fait pas par ajout d’un suffixe ou d’un préfixe, mais par un changement phonétique du radical lui-même.
Ainsi, on a vu cheval/chevaux en français qui est une flexion interne au radical, mais on peut aussi considérer le radical verbal sing (chanter) en anglais qui peut se présenter sous les formes suivantes (I) sing (présent), (I) sang (passé), sung (participe passé). On peut aussi considérer le couple man (« homme » singulier)/ men (« hommes » pluriel) toujours en anglais. Dans ces deux cas, la flexion se fait par alternance vocalique, par modification d’une voyelle au sein du radical.
Les langues romanes, comme le français, sont généralement considérées comme flexionnelles.
Note : Cette typologie morphologique des langues distinguant agglutinante, flexionnelle et isolante est une typologie dont les contours sont souvent « flous ». Il faut les considérer comme des « pôles » vers lesquelles tend la morphologie d’une langue donnée.
On a vu qu’aucune langue n’est « purement isolante » et présente toujours quelques traits flexionnels. D’autre part les langues considérées comme « agglutinantes » présentent, par définition, une flexion mais dont certains traits sont généralement plus réguliers que pour les langues dites «flexionnelles ».
langue polysynthétique :
Une langue polysynthétique est une langue dont les mots sont composés de morphèmes lexicaux (substantifs, verbes, adjectifs etc.), comme si des parties de phrases entières étaient soudées les unes aux autres pour constituer un seul « mot », parfois très long. Ces « mots » seront traduits par plusieurs mots voir par une phrase complète dans des langues moins synthétiques comme le français.
Pour plus de clarté prenons un exemple, en iñupiak-inuktitut, langue eskimo-aléoute d’Amérique du Nord:
Tusaatsiarunnanngittualuujunga qui signifie en français « je n’entends pas très bien ».
on pourrait décomposer ce mot de la manière suivante : la racine Tusaa- (« entendre ») suivie de 5 suffixes :
tsiaq- (« bien »), -junnaq- (« être capable de »), -nngit- (negation), -tualuu- (« beaucoup »), -junga (marque de la 1ère personne et du présent de l’indicatif)
Les langues polysynthétiques sont généralement agglutinantes. Il faut noter également que cette définition des langues polysynthétiques est controversée. Si le concept de langue polysynthétique (et agglutinant) est opérationnel pour une langue qui présente des « mots-phrases » très longs ; comme l’iñupiak, il est souvent difficile de déterminer la part de polysynthétisme d’une langue n’ayant pas de traduction écrite.
De nos jours cette définition est généralement utilisée pour décrire toute langue dont les mots sont composés à partir d’une racine lexicale/verbale et dont les fonctions syntaxiques sont uniquement marquées par des affixes. Dans ce cas-là on pourrait décrire le basque comme une langue polysynthétique, bien qu’il ne présente pas de « mots-phrases » de la taille de notre exemple.
Note : les concepts de langues agglutinantes et polysynthétiques sont des concepts controversés et dont les définitions sont parfois considérées comme non-opératoires.
Morphème :
Un morphème est théoriquement la plus petite unité de sens que l’on peut trouver dans une langue donnée. La notion de morphème est à distinguer de celle de mot. Plusieurs morphèmes peuvent être utilisés pour un seul mot. Ainsi on peut décomposer le mot français injustement en trois morphèmes : in- (préfixe de négation)-juste- (radical adjectif, porteur du sens principal) -ment (suffixe de dérivation adverbial).
A l’inverse certains mots ne peuvent être décomposés, comme vapeur ou moustique en français. Ces mots ne sont composés que d’un seul morphème.
On distingue classiquement les morphèmes grammaticaux, des morphèmes lexicaux. Les morphèmes grammaticaux appartiennent à une classe « fermée », les morphèmes lexicaux appartiennent à une classe « ouverte » : Si on peut savoir qu’il y a 2 nombres, 2 genres et 6 personnes en français, par exemple, et on peut faire un inventaire des morphèmes dénotant ces notion ; en revanche il serait presqu’impossible de faire l’inventaire des racines nominales et verbales du français…
Morphologie :
La morphologie est l’étude de la formation des mots dans une langue donnée. Elle se concentre, non sur la manière dont s’organisent les mots entre eux, mais sur la manière dont s’organisent les morphèmes entre eux pour former des mots.
Phonème :
Chaque langue a son ensemble de sons, son système phonologique, propre. et un nombre de phonèmes de quelques dizaines (vingt à quarante étant l’ordre de grandeur normal, bien que certaines langues en aient un peu moins, – jusqu’à une quinzaine – et d’autres nettement plus – jusque à 70 ou plus). Le phonème est une unité abstraite, qui se réalise sous la forme de sons. Dans la plupart des cas on a une coïncidence entre le niveau du son et celui du phonème (le phonème se réalise toujours de la même façon), mais dans certains cas il peut y avoir des variantes (un phonème se réalise sous la forme de deux ou plusieurs sons).
En anglais, par exemple on peut opposer un [i] (bref) et un [i:] (long) pour former des mots différents, par exemple sick ( »malade ») et seek ( »chercher »). Cette différence étant suffisante pour distinguer entre deux mots ou morphèmes, on peut dire qu’il existe deux phonèmes distincts. Tandis qu’en français la longueur des voyelles n’est pas vraiment distinctive, on ne trouvera pas deux mots qui se distinguerait seulement par la longueur d’une voyelle : on peut donner à la voyelle [i] dans mine la longueur qu’on veut, on n’arrivera pas à former deux mots différents. Le français n’a donc qu’un phonème pour le son [i], noté /i/.
Phonétique :
La phonétique est l’étude des sons utilisés dans la communication verbale. Les sons peuvent être envisagés selon la façon dont ils sont produits par les organes articulatoires (on parle alors de phonétique articulatoire), ou selon leurs propriétés physiques (on parle alors de phonétique acoustique).
Phonologie :
La phonologie, contrairement à la phonétique, étudie la manière dont chaque langue organise son propre domaine phonétique en unités appelés phonèmes.
Racine :
Une racine est un morphème lexical qui porte le sens principal d’un mot lorsque celui-ci est composé de plusieurs morphèmes. Elle est la plus petite unité lexicale permettant de former des mots apparentés :
Ainsi un locuteur de français remarquera très vitre que chat, chaton et chatière sont apparentés. Ou encore : juste, injuste, justice, justement, injustice, justicier, etc. Dans ce dernier cas la racine est –just(e)- auquel ont été adjoints différents affixes pour former de nouveaux mots.
Comme dans le cas de l’adjectif juste, certains mots peuvent n’être composés que d’une seule racine en français.
Note : On utilise aussi le terme « radical » pour désigner ces morphèmes, mais il y a une différence de sens entre les deux notions : une racine est insécable, un radical est ce qui s’oppose aux affixes grammaticaux. Par exemple dans « justicier » la racine est –just- mais le radical est « justicier » ; on peut former les mots « justicier-s » ou « justicièr-e » en ajoutant les suffixes marquant le pluriel ou le féminin (ce dernier entrainant une modification du radical).
Syntaxe:
La syntaxe est l’étude de la manière dont s’organisent les différents mots d’une langue pour produire un énoncé.



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